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Internet des Objets : évolution ou révolution pour la filière électrique ?

Le développement de l’Internet des Objets (ou IoT pour Internet of Things) va rapidement impacter de nombreux secteurs d’activité, depuis les équipements de la maison et du bâtiment tertiaire ou résidentiel jusqu’à la santé, la logistique et les transports, l’agriculture et l’industrie du futur. Cet Internet des Objets est l’interconnexion de dispositifs (capteurs, relais, équipements électriques ou électroniques, équipements de mesure) dont l’objectif est de collecter, traiter et échanger des données via un protocole Internet. Ce monde des objets connectés fait émerger de nouvelles technologies, de nouveaux acteurs, souvent des start-ups, de nouvelles collaborations entre ces jeunes pousses et de grands acteurs du monde électrique. Mais il pose aussi des questions sur le stockage et le traitement des données et leur sécurité.

Internet des Objets : évolution ou révolution pour la filière électrique ?
Visualisation sur tablette des coûts de consommation électrique pour chaque consommateur. (c) Delta Dore

L’UIT (Union internationale des télécommunications) définit l’Internet des Objets comme « une infrastructure mondiale pour la société de l’information qui permet de disposer de services évolués en coectant des objets (physiques ou virtuels) grâce aux technologies de l’information et de la communication interopérables existantes ou en évolution. » Tout objet ou équipement qui peut se coecter à Internet est potentiellement un objet coecté. Ces objets sont déjà nombreux en 2018 et leur nombre va se développer fortement ces prochaines aées. Le cabinet américain Gartner prévoit 20,5 milliards d’objets coectés dans le monde en 2020, contre 8,3 milliards en 2017. Cela pourrait représenter pour la France un marché de 15,2 milliards d’euros en 2020 (selon A.T. Kearney), dont 4,3 milliards dans le logement et 3,4 milliards dans l’industriel et les smart grids. Ce sont à ces domaines que nous allons nous intéresser.

Tous les secteurs d’activité sont concernés
Les applications « grand public » se développent avec une domotique coectée et l’e-santé, mais les investissements les plus importants se feront dans le domaine industriel (quelquefois appelé IIoT). Et déjà 67 % des entreprises françaises de plus de 200 salariés ont déployé une solution IoT en 2017 (source IDC) : des capteurs et équipements de mesure, pour la sécurité mais aussi le contrôle et la supervision à distance, la robotique, la commande numérique et l’assistance au dépaage, la maintenance prédictive ou la gestion des stocks. Des secteurs pour lesquels les entreprises du secteur électrique proposent déjà une offre étoffée.

Depuis son bureau suivi de l’interphone de l’immeuble ou de la maison. (c) Legrand

Legrand a lancé en 2015 son programme Eliot pour accélérer le déploiement de son offre IoT en développant des solutions coectées et interopérables pour le résidentiel et le tertiaire. Jérôme Boissou, responsable du programme Eliot, explique : « Ce programme dépasse l’univers du résidentiel. À l’image du marché où les opportunités sont plus grandes en BtoB, notamment en tertiaire (hôtellerie, hôpitaux, bureaux…), Legrand ne cesse de développer son offre coectée, qui s’adresse à la fois aux exploitants des bâtiments mais aussi à leurs occupants, et de nouer des partenariats de tous horizons. Legrand a d’ailleurs récemment équipé le siège de Samsung à San José, en Californie, de solutions de gestion de l’éclairage. Avec la nouvelle offre Guest Room Management, Legrand s’est associé à Samsung et au groupe Marriott International pour améliorer le pilotage, la persoalisation et le confort des chambres d’hôtel. Avec La Poste, Legrand travaille sur l’émergence de nouveaux cas d’usage et services autour de l’IoT. Notre enjeu est de faciliter, pour les exploitants, la maintenance et la gestion de l’énergie du bâtiment tertiaire. »

Contrôle depuis une tablette de la consommation électrique journalière. (c) Delta Dore

Delta Dore, avec un chiffre d’affaires de 141 millions d’euros en 2016, une fabrication en France et 10 % de son CA investi en R&D, figure parmi les acteurs incontournables de la maison et du bâtiment coectés. Pour Stéphane Berlioz Latour, directeur marketing du pôle Maison coectée de Delta Dore, « l’offre Delta Dore s’articule autour de 4 métiers : la gestion de l’énergie, le confort thermique, la sécurité et les automatismes. Delta Dore apporte une couche de coectivité et de pilotage à distance par le biais de notre solution Tydom. Tydom 1.0 est une passerelle X3D (protocole Delta Dore) qui pilote nos produits et ceux de nos partenaires industriels (plus de 120). C’est une application gratuite et très facile d’utilisation avec des icônes ou photos. L’utilisateur peut persoaliser son application après configuration par l’installateur. Pour Tydom 3.0, nous passons par des intégrateurs pour une customisation de l’installation qui fonctioe avec un Home Cloud : pas de serveur Web, les doées persoelles restent dans la maison et, en cas de rupture d’Internet, le système fonctioe. »

De son côté, Hager a lancé en septembre 2017 sa nouvelle plateforme IoT TJA 560 pour joindre les deux mondes : domotique et objets coectés. Ce module installé dans le tableau électrique permet la communication entre les différents équipements de la maison coectée en faisant office de serveur accessible en réseau local et en assurant la liaison avec les appareils utilisant le protocole KNX.

Signalisation d’une anomalie de consommation sur smartphone. (c) Legrand

« La stratégie de Schneider Electric est de coecter les équipements électriques et les automates pour apporter plus de performance énergétique, de confort et de productivité », explique Bruno Capdordy, directeur marketing Retail de Schneider Electric France. « En 2018, nous allons renforcer Wyser dans le résidentiel, développer encore la gamme d’appareillages coectés, et la plateforme EcoStruxure sera plus simple à installer. 2018 sera l’aée de l’ouverture à des partenaires et des start-up pour expérimenter, sur certains domaines d’activité, des propositions de valeur jamais expérimentées sur le marché. Dans certains secteurs, nous fonctioerons avec des partenaires commerciaux ou industriels. Nous allons aussi nous renforcer dans le domaine des services et, dans le domaine du tertiaire, nous coectons le tableau électrique à la GTB pour réaliser une gestion harmonieuse de l’énergie et de l’espace avec l’offre WorkPlace Efficiency pour s’adapter à l’évolution du bâtiment (modularité) et à son cycle de vie. Il faut aussi adapter l’offre au marché de la rénovation : Schneider Electric a des équipes dédiées à la rénovation pour capter les usages et orienter la création de l’offre vers ces usages. »
EDF a aussi bâti son offre maison coectée depuis fin 2016 avec sa filiale Sowee, dédiée à la gestion de la consommation d’énergie (chauffage, éclairage, recharge du véhicule électrique) et de son efficacité. EDF et Sowee s’appuient sur différents partenaires pour bâtir leur offre technique et services comme Delta Dore, Fludia ou Eolane pour les capteurs et interfaces. Pour Fabrice Gourdellier, président de Sowee, « nous avons voulu créer une structure flexible afin de pouvoir être plus agiles face à un marché en mutation et des usages et attentes des particuliers qui évoluent rapidement. »
Mais les objets coectés, ce sont aussi de nombreuses « jeunes pousses » qui développent des équipements comme des capteurs, qui seront mis en œuvre dans de nouvelles applications de mesure, contrôle, maintenance prédictive ou « smart metering. » C’est le cas de Sensing Labs, une jeune entreprise de Montpellier fondée en 2014 que présente YaGuiomar, CEO et cofondateur : « Nous avons vendu à fin 2017 plus de 20 000 capteurs intelligents pour le marché du smart building et de la smart industrie. Ce sont des solutions plug and play simples, faciles à déployer, peu gourmandes en énergie (la batterie va durer plus de 10 ans) pour le comptage de l’eau, des énergies, de variables thermiques ou de vibrations (pour la maintenance prédictive de machines). Nous utilisons le réseau LoRaWAN pour ensuite envoyer juste de l’information utile. »

Partenariat entre Legrand et Renault pour intercoecter le véhicule et le domicile ou bureau. (c) Legrand

Des partenariats entre grandes entreprises et start-up et un objectif : interopérabilité
Le développement de cet IoT génère de nombreux partenariats entre des acteurs traditioels du marché électrique et des start-up iovantes.

Legrand a dévoilé en janvier 2018, lors du salon CES, son programme d’interopérabilité « Works with Legrand » réunissant sur son stand plus de 20 partenaires, dont des grands groupes (Renault, La Poste…), des géants de la tech (Google, Amazon, Apple, Samsung…), des start-up (Netatmo ou Lumenetix) ou encore de nombreuses alliances (ZigBee, Thread, Open Coectivity Foundation). Selon Jérôme Boissou, « l’interopérabilité est la clé du succès du bâtiment coecté. Grâce à nos solutions coectées et interopérables, nous permettons à des tiers de générer une multitude de services pour l’utilisateur. »
Une interopérabilité qui passe aussi par une coectivité multi-protocole. Hager vient ainsi de lancer son module Smart RF qui permet une interopérabilité entre des applications utilisant plusieurs protocoles sans fil : KNX, Sigfox ou Bluetooth Low Energy.
La collaboration se fait aussi avec de grands groupes comme Amazon, Google ou Apple pour les assistants vocaux qui se développent. Legrand utilise l’assistant vocal Amazon Echo ou Google Home. Pour Jérôme Boissou, « le machine learning et l’intelligence artificielle des objets coectés se mettent au service de l’utilisateur. » Delta Dore travaille également sur les technologies de pilotage par la voix en 2018. Stéphane Berlioz-Latour précise : « Cette possibilité est une fonctioalité supplémentaire au choix de l’utilisateur. Pour l’interopérabilité, soit le produit fera passerelle entre les deux univers, soit le partenaire intègre notre technologie X3D, soit avec une interopérabilité par le Cloud avec Tydom 3.0. Ce sont des relations bilatérales avec les industriels. »

Quels réseaux pour l’Internet des Objets ?
Les objets coectés nécessitent des canaux de transmission pour toutes leurs doées et informations. Une grande partie des objets coectés resteront probablement coectés par des technologies sans fil courte portée (Wi-Fi, Bluetooth, ZigBee, Z-Wave, EnOcean…). Pour les liaisons longue distance, les réseaux LPWA comme Sigfox, LoRaWAN ou NB-IoT sont déjà bien installés et offrent des capacités de communication sans fil, basse consommation et longue portée.

Sigfox : cette entreprise toulousaine a déployé dans le monde entier (43 pays) ses antees pour des communications à bas débit, peu consommatrices d’énergie. Sigfox est associé en France à SFR.
LoRa : ce protocole basse consommation bidirectioel est déployé par des opérateurs comme Orange ou Bouygues Telecom, et prévoit de couvrir toute la France fin 2018.
NB-IoT : cette solution de réseau cellulaire soutenue par des géants des télécommunications est mieux adaptée à des parcs d’appareils fixes.
LTE-M : choisi par de grands opérateurs dans le monde et capable de s’intégrer aux réseaux existants, il est supporté par le consortium 3GPP.

D’ici 2023, les technologies 4G LTE et 5G vont aussi se développer mais devraient rester dédiées à certaines applications.

La sécurité des doées doit être une préoccupation des industriels de l’IoT
La sécurisation des objets coectés va être rapidement très complexe avec des milliards d’objets, souvent à bas coût, pour des applications du quotidien qui pourront présenter des failles en termes de cybersécurité. La sécurisation des produits coectés, dont les dysfonctioements pourraient avoir des impacts graves pour la sécurité des persoes, des biens ou des process, est prioritaire. Des exemples existent déjà avec la voiture autonome ou des dispositifs médicaux. L’agence européee ENISA (Agence européee chargée de la sécurité des réseaux et de l’information) vient de publier ses recommandations pour la protection des infrastructures critiques, « Baseline Security Recommendations for IoT », à destination des fabricants de matériels et logiciels pour l’IoT.

Afin de renforcer la sécurité de ses solutions coectées, Jérôme Boissou explique que « Legrand met en place des PIA (Privacy Impact Assessments) pour bien mesurer et minimiser l’impact des traitements de doées persoelles sur la vie privée des utilisateurs. La certification ISO 27001 n’est pas suffisante, nous faisons des tests de sécurité pour chaque produit en développement et après son lancement. L’interopérabilité locale va aussi garantir un niveau de sécurité plus élevé. »

Toutefois, l’ENISA a conscience de la difficulté de la tâche à accomplir : la sécurité de l’IoT est un problème qu’il faut traiter maintenant et à tous les niveaux. Sinon, des attaques par déni de service (DDoS), en surchargeant de doées la bande passante de serveurs, risquent de se multiplier à partir de caméras ou serrures coectées mal protégées.

Les assistants vocaux permettent de piloter par la voix des applications comme un thermostat. (c) Legrand

Importance des IoT pour toute la filière électrique
Les solutions IoT sont mises en œuvre par des professioels (bureaux d’études, artisans, installateurs), mais les développeurs et constructeurs doivent les accompagner pour les former (stages, journées techniques) au bâtiment coecté. Pour Bruno Capdordy, « la généralisation des objets coectés va les obliger à évoluer, mais il faut leur doer du savoir-être en plus du savoir-faire : poser les boes questions au client et transformer ses problèmes en solutions. »

L’Internet des Objets devrait être pour tous les acteurs de la filière électrique une évolution rapide plutôt qu’une révolution, mais surtout une chance à saisir.

Jean-Paul Beaudet

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